Deux semaines en Égypte en avril 2026, du Caire à la Mer Rouge. Ce que disent les autorités, et ce qu'on a réellement ressenti sur place — parce que les deux ne racontent pas tout à fait la même histoire.
La réponse courte
Non. Sur l'itinéraire touristique classique — Le Caire, Louxor, Assouan, la vallée du Nil, la Mer Rouge — on n'a jamais rien vécu qui ressemble à un danger. Pas un vol, pas une menace, pas un moment où on s'est dit qu'on aurait mieux fait de ne pas être là. Quatorze jours à se déplacer en couple, souvent seuls, parfois tard le soir : le mot qui résume le voyage n'est pas « peur », c'est « sollicitation ».
Cela dit, il y a des zones du pays où il ne faut pas aller, et un risque bien réel que les fiches officielles pointent à juste titre. Simplement, ce n'est pas celui auquel on pense en tapant « égypte dangereux » dans Google.
Ce que disent les autorités
France Diplomatie (mise à jour avril 2026) ne place aucune zone rouge sur l'itinéraire classique. Sont formellement déconseillés le Nord-Sinaï — de toute façon interdit aux étrangers — la frontière avec Israël, la zone frontalière libyenne, et le désert à l'ouest du Fayoum et d'Abou Simbel.
Le FCDO britannique ne restreint ni Le Caire, ni Alexandrie, ni Louxor, ni Assouan, ni Hurghada, ni Sharm el-Sheikh. Il déconseille le Nord-Sinaï, une bande de 20 km le long de la frontière libyenne, et la partie nord du Sud-Sinaï au-delà de la route Sainte-Catherine–Nuweiba.
Le Département d'État américain classe l'Égypte au niveau 2 sur 4, « exercer une prudence accrue ». C'est le même niveau que la France, l'Allemagne ou la Belgique — ce qui remet les choses en perspective quand on découvre une fiche pays et qu'on s'inquiète du vocabulaire.
Aucune des trois ne déconseille l'itinéraire que suit l'immense majorité des voyageurs.
Sources officielles : France Diplomatie · FCDO (Royaume-Uni) · Département d'État américain.
Ce qu'on a vraiment vécu
Cinq destinations, quatorze jours, une dizaine de trajets, et rien. Pas un vol, pas une tentative, pas une seule situation tendue avec qui que ce soit. On a marché dans Le Caire en couple, pris le métro, atterri à trois heures du matin, dîné dehors le soir à Assouan et à Louxor. L'accueil a été le même partout : de la curiosité, souvent de la générosité, jamais d'hostilité. Aux pyramides, un Égyptien m'a même rattrapé pour me rendre un billet tombé de ma poche.
Ce qui fatigue, en revanche, c'est la sollicitation. Elle est permanente sur les sites touristiques et dans les grands souks — vendeurs, chameliers, chauffeurs, guides improvisés qui vous accompagnent trois minutes puis réclament un pourboire. Dans le souk du Caire, on est entrés dans une boutique par politesse et on en est ressortis quarante minutes plus tard avec un papyrus dont on n'avait aucun besoin. C'est usant, jamais agressif : un « non merci » ferme et répété fonctionne à chaque fois, et personne ne nous a jamais touchés ni suivis. Assouan et Louxor sont nettement plus détendus de ce point de vue que Le Caire.
La seule chose qui nous a réellement impressionnés, dès le trajet aéroport-hôtel, c'est la conduite. On y revient plus bas, mais l'idée est là dès la première demi-heure dans le pays : ici, le code de la route est une suggestion.
Quant au moment le plus absurde du séjour, c'est un policier qui nous a réclamé un bakchich après avoir accepté de poser en photo avec nous. Voilà, très concrètement, le pire « incident » de nos deux semaines.
Pour découvrir Le Caire en détail, consultez notre page destination Le Caire.
Le vrai risque, c'est la route
C'est là que les fiches officielles ont raison sans ambiguïté. France Diplomatie écrit noir sur blanc que l'état des routes, celui des véhicules et un respect aléatoire du code provoquent des accidents d'une extrême violence et récurrents. Le ministère déconseille formellement la conduite de nuit entre les villes, et les minibus collectifs à toute heure.
Sur place, on comprend vite. Dépassements dans les virages sans visibilité, trois files sur une chaussée qui en compte deux, klaxon utilisé comme clignotant, camions surchargés, vitesses sans rapport avec la signalisation. Sur la route du désert vers Abou Simbel, notre chauffeur doublait à l'aveugle et deux enfants ont fini par vomir à l'arrière. Sur les cinq heures Louxor–Mer Rouge, on avait renoncé à regarder devant.
Aucun accident, aucun incident. Mais c'est le seul moment du voyage où on s'est dit que ça pouvait mal tourner. Pas dans un souk, pas dans une ruelle, pas la nuit : dans une voiture.
Concrètement : privilégier l'avion sur les longues distances quand le budget le permet, et passer par son hôtel ou une excursion organisée plutôt que d'improviser avec un chauffeur croisé dans la rue. Ce n'est pas de la paranoïa, c'est simplement là que se situe le risque réel — voir notre guide sur la route vers Abou Simbel.
Les zones où on n'est pas allés
Par honnêteté : rien de ce qui suit, on ne l'a vu. Un séjour touristique classique n'en approche aucune.
Le Nord-Sinaï, interdit aux étrangers, et la frontière avec Israël. La bande frontalière libyenne, sur une vingtaine de kilomètres. Le désert occidental hors du triangle Caire–Farafra–El Kharga. Le désert à l'ouest du Fayoum et d'Abou Simbel. La partie nord du Sud-Sinaï au-delà de Sainte-Catherine — étant entendu que Sharm el-Sheikh et Dahab, sur la côte, restent des destinations touristiques normales.
Deux mises en garde qui valent partout dans le pays. Certaines zones désertiques sont interdites à la circulation sans que ce soit signalé sur place, et y entrer peut avoir des conséquences graves : pour un projet de désert, passer par une agence licenciée. Et on ne photographie ni les militaires, ni les postes de contrôle, ni les bâtiments officiels — c'est le genre de bêtise qui se termine mal.